ARCHITECTURES TRANSITOIRES

« Jean-Charles Eustache montre des images qui doucement s’évanouissent. Dans une ambiance troublante, son travail s’apparente à un voyage dans tous les lieux abandonné de la mémoire, traversant différents univers, comme celui du cinéma, du psychisme ou encore de l’intime. « Une radiographie sensitive et plastique de ce qui est caché enfoui » (Frédéric Emprou).L’artiste semble actuellement possédé par des images de maisons hantés. Ses peintures laissent le spectateur troublé s’interrogeant sur la provenance ou le devenir de ces maisons, ne sachant si elles se révèlent ou s’effacent. Entre le recouvrement et la découverte, l’apparition et la disparition. Comme des images mnémoniques ou encore des images inconscientes de leur auteur. Davantage qu’une série de maisons, l’artiste peint un monde en liquéfaction. La peinture de Jean-Charles Eustache a évolué depuis son séjour en résidence à Fontenay en 2005. Attentif et à l’écoute de la peinture, après de multiples essais, aujourd’hui ce sont des images qui sont en parfaite adéquation avec sa façon de voir les choses. » –

Stéphanie Barbon

Parcours d’Art Contemporain 2009

« DROWNING IS NOT SO PITIFUL AS THE ATTEMPT TO RISE.»*

Certains tableaux de Jean-Charles Eustache, de taille plutôt réduite (19 x 24 cm), font fugacement penser à une de ces cartes postales mal conservées, à moitié déchirées, délavées par le temps, mais que l’on garde parce qu’elle nous rappelle nostalgiquement ces lointaines et heureuses grandes vacances à la montagne que l’on croyait bêtement éternelles.

Mais en les observant vraiment, attentivement, on s’aperçoit qu’il n’en est rien : la maison, même si elle est grande et belle, semble désolée, délaissée, voir hantée. Les couleurs ne sont pas passées, elles sont sciemment désaturées. L’image n’a pas été déchirée, arrachée, mais elle est happée par le fond : c’est celui-ci, blanc comme la toile, qui « dégouline » sur la maison, un peu pour nous rappeler qu’il s’agit d’une peinture, beaucoup pour distancier le sujet de son environnement, pour fragmenter ce qui aurait pu être un paysage de carte postale, et en étudier précisément un périmètre, une zone.

Zone après zone, tableau après tableau, celles-ci deviennent flottantes, l’état des lieux quasi obsessionnel. Le bord de la route devient plus parlant que la direction, la maison et sa réalité physique deviennent plus pertinentes que son projet, ou même son environnement, dans le témoignage de l’état du rêve socioculturel que cette maison incarne.

Lorsque Jean-Charles Eustache (dé)peint le chantier avorté d’un rêve de propriété (l’enfantin do mi si la do ré), à savoir une maison si grande et si chère qu’elle n’a jamais été ni terminée ni habitée, c’est pour en souligner la vanité, c’est pour en peindre une vanité. Il n’est pas question de mettre alors en image une quelconque mythologie immobilière, ni de fantasmer un univers morbide et gothique de fantômes et de sorcières, mais bien de peindre un monde en déliquescence. La réalité sans fard. Chacune de ces maison est un « hôtel Overlook** », les rêves qui les ont bâties ne reflètent pas la tangibilité rugueuse de notre monde, devenu futile et vaniteux, qui se désagrège d’un glissement progressif et consenti.

Thomas DAVID

*extrait d’un poème d’ Emily Dickinson : « se noyer est moins pitoyable que tenter de faire surface »

** l’hôtel dont jack Nicholson devient le gardien dans « Shining »

(texte paru dans le agazine Dazibao, numéro 3)